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Marcher jusqu'au Bout du Monde, juin-Juillet 2016, et au-delà... Préparation et suivi du projet, engagements, soutiens, programmes

LE BOUT DU MONDE N'EST PAS INACCESSIBLE

Marcher jusqu'au Bout du Monde, juin-Juillet 2016, et au-delà... Préparation et suivi du projet, engagements, soutiens, programmes

Josiane, vie de quartier (1)

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Plusieurs vies en une

 

1960, INSTALLATION A MONTIGNY-LES-CORMEILLES

Josiane, d’où viens-tu ?

Je viens de Colombes. J’y ai vécu à peu près une vingtaine d’années.

Je suis issue d’une fratrie de 8 enfants, je suis la seconde et l’aînée des filles – 4 d’entre nous étaient « pupilles de la nation », mis à part « les galoches » nous n’en avons pas beaucoup profité !!! (5 filles et 3 garçons) malheureusement nous avons perdu 2 de nos frères …

Nous avons d’abord habité  rue du Mal Joffre à la limite de Bois-Colombes dans un pavillon que nous louait Mario David, acteur décédé en 1996 ….. puis Rue de Strasbourg, au « 4 » pas très loin du stade Yves du Manoir, dans un immeuble, et ensuite dans le bas de la rue, au 18, dans un pavillon mitoyen …. Tous nos voisins étaient très gentils, d’un côté une famille maghrébine à qui Maman ramenait à manger, comme à nous d’ailleurs,  car elle travaillait dans les cantines d’écoles juste derrière chez nous !!!! cela nous a permis d’aller en « colonies de vacances » avec maman car là aussi, elle était cantinière, et elle faisait aussi des ménages le soir dans des usines, comme chez Hispano Suiza à Courbevoie, je crois, et de l’autre la famille Gand avec qui nous sommes restés amis très longtemps ; nous avions d’autres familles amies dans la rue, c’était comme un grand village...

Les jours de grands matchs des voitures se garaient dans notre jardin (2 ou 3) ce qui nous permettait de faire « amis » avec des personnes venues d’ailleurs…. Un jour le stade de Reims a gagné et les supporters qui s’étaient garés chez nous, on partagé le « champagne » c’était une ambiance super... Nous allions jouer dans un endroit appelé « le champ des vaches » près des bords de Seine et des jardins ouvriers, dont, un, avait été alloué à mon père, le roi des jardiniers ! Il a été l’un des premiers à faire pousser « la feuille de chêne » nous avions toujours de bons légumes et plein de fleurs : glaïeuls, roses, désespoir du peintre etc…..  et quand mes parents sont partis en retraite dans les Deux-Sèvres (dans une maison que l’une de mes sœurs  avait acheté à une voisine de la rue qui souhaitait s’en défaire) et plus tard cet endroit a été notre lieu de vacances à tous, Maman prenait les enfants pendant les vacances scolaires !!! c’était vraiment un lieu où nous nous retrouvions tous (la belle époque …. Quoi !!!!) quand on parle des « Oulleries » on a tout dit !!!! les agriculteurs du coin avaient très bien acceptés « Joseph et Mélie » nos parents, papa leur avait donné des conseils pour faire des potagers , chose qu’ils ne faisaient pas avant son arrivée ….. et pour Maman c’était les recettes car elle était très bonne cuisinière : ses crêpes, son pot au feu ….. .

Arrivée à Montigny

Le jour de mon mariage, le 3 décembre 1960, je suis venue à Montigny avec mon mari. Je connaissais déjà un petit peu le quartier, mon fiancé m’avait présenté à ses parents… Son père avait construit la maison dans la rue Lucien Boxtaël, au 24 en ramenant de Colombes, 15kms environ, à vélo en tirant une carriole avec les matériaux de construction...

  

Toutes les maisons sont transformées aujourd’hui… Le quartier, c’était vraiment un lotissement privé ; tout appartenait à Monsieur Fernand Bommelle qui avait légué ses terrains à une « grande » amie qui les administrait. J’essayais de me remémorer à quel moment il était devenu municipal ; je n’ai pas retrouvé, mais cela figure certainement dans les livres de Robert Hue.

Il y avait un bureau qui s’occupait des gens, de faire les relevés d’eau, etc. Tout cela était privé, un domaine privé dont Mr Bommelle avait vendu petit à petit les parcelles. La mairie a fini par viabiliser les rues qui n’étaient, au départ, que des chemins de terre. Les voitures y passaient, mais il n’y avait pas de trottroir, pas d’égoûts… ce n’était pas viabilisé comme ça l’est maintenant.

Quartier Lalanne

On avait quelques commerçants, il y avait une fleuriste au bout de la rue Boxtaël, non une coiffeuse, Madame Perkowski  qui a été longtemps ma coiffeuse ; elle habite maintenant Rue du Général de Gaulle. Pour aller à la gare, on traversait la forêt, c’était des champs et la forêt. Il y avait même encore des vaches et une ferme quelque part…rue Jacques Verniol.

Pour aller prendre le train Il fallait traverser la forêt et deux ou trois fois j’ai été embêtée par des énergumènes. Comme j’allais prendre mon train à Montigny-Beauchamp, un jour un vieux monsieur (j’étais toute jeune mariée) passe à côté de moi en vélo et me met la main aux fesses… ; arrivée à la gare, j’étais bouleversée, en pleurs… ! C’est pour cela, dès que j’ai pu avoir une voiture, que je descendais à Cormeilles où il y avait des trains et toujours de la place ; ça me permettait aussi d’avoir une place assise pour tricoter ! à cette époque je tricotais beaucoup (2 ou 3 ouvrages en cours !!!!) je tricotais avec des aiguilles circulaires ce qui ne gênait pas mes voisines ….. j’ai converti beaucoup de celles-ci à l’usage de ces aiguilles. 

Les Castors

Au bout de la rue Lucien Boxtael, c’était un Monsieur qui avait construit sa maison avec les Castors (mouvement coopératif et solidaire d’autoconstructeurs, NDLR). C’est sa femme avec lui, qui ont gardé ensuite mes enfants. Ce Monsieur Nicoud était très au fait de toutes ces questions de solidarité, les législations du travail, les lois, il était teigneux… il en a fait voir aux équipes municipales !!!!  c’était pourtant un ancien cheminot, il avait travaillé entre autre, à la gare d’Achères.

Il n’y avait pas d’animation particulière dans le quartier. Mais avec les voisins on se voyait beaucoup. On se disait beaucoup « Bonjour » !, ce qui n’existe plus aujourd’hui, une solidarité vivante, même si on était chacun chez soi derrière la clôture de son jardin…Une fois viabilisées par la mairie les rues ont pris la forme qu’on leur connaît aujourd’hui : des trottoirs, une chaussée. ..

déjà un melting pot

Toutes les familles étaient d’origines multiples. Mon beau-père était polonais, il a été naturalisé français. Ma belle-mère était bourbonnaise, pas auvergnate (elle ne voulait pas qu’on dise ça…. ça n’est pas encore l’Auvergne, même si un de ses neveu habitait à Chabreloche dans le Puy de Dôme, à côté de Thiers). Mon beau-père avait encore de la famille en Pologne, qu'il lui est arrivé à faire venir plusieurs fois dans les années 70-80. C’était pas toujours évident, il fallait quantité de papiers, pouvoir dire aux autorités qu’on pouvait les accueillir, les loger, les nourrir… Ils avaient une voiture qui repartait bourrée, remplie à ras-bord ! Avec leur visa, ils avaient quand même eu la liberté de venir… et de repartir, sinon ils auraient été sans-papiers, et c’est mon beau-père qui aurait eu des problèmes ! Ils habitaient à côté de Varsovie (le bloc communiste dans les années 1960... Les Ex-pays de l 'Est - Information - France Culture voir la bibliographie sur le site)

Ma famille était d’origine bretonne. Mais je ne suis pas née en Bretagne ; je suis née à Clichy-la-Garenne, à l’Hôpital Beaujon, seuls une sœur et un frère sont nés en Bretagne. Mes parents étaient montés de Bretagne pour travailler…

Au fil du temps le quartier s’est modernisé. Je ne connaissais pas tout le monde. Je travaillais, je partais tôt, je rentrais tard. J’ai passé mon permis de conduire à Paris ; c’est une amie qui m’avait fournie des quittances de loyer parisiennes pour que je puisse y passer l’examen, une bonne école parce que conduire dans Paris ce n’était pas évident, même en 1973 !

Vie de quartier 

Mes enfants sont allés à l’école Paul Bert tous les trois, puis au collège C. Claudel et au L.E.P. de Cormeilles-en-Parisis  Le collège Aragon n’existait pas encore.L'un de mes fils a fait une formation de menuisier ; il savait déjà, à 12 ans, ce qu'il voulait, et la directrice du colège l'a compris...  L’éducation n’était pas la même qu’aujourd’hui, je crois qu’ils étaient beaucoup plus sérieux : les enseignants n’ont plus en mains les mêmes éléments pour pouvoir faire travailler les enfants c’est ce que je ressens.

Je travaillais, je n’avais que le week end pour m’occuper des enfants. Mon mari faisait des courses cyclistes amateurs ; là on sortait pour aller voir les courses, pour aller supporter les coureurs et crier sur leur passage. Mais après je n’allais plus le voir, j’avais trop peur parce qu’il y avait trop de voitures. Le circuit passait dans Lalanne, nous on gardait les barrières ; les voitures voulaient absolument passer, et même aller à contre-sens… à 40 ou 50 à l’heure, c’est trop dangereux.

Après, des gens ont ralé parce que la voiture micro qui faisait les annonces était trop bruyante, et les réveillait le dimanche matin ! Il y a des tas de choses qui ont été abandonnées comme cela…, parce que les gens ont oublié les petits plaisirs tout simples de la vie, « l’égoïsme  est devenu « roi ». Il fallait des gens pour garder les barrières, des bénévoles, des radio-amateurs pour faire les relais… C’était un investissement personnel, un investissement humain. Si je pouvais rester aujourd’hui debout… Mais ça me rendait malade !!

Il y avait un café en haut de la Rue Fernand Bommelle, là où se trouve le Palmier, ainsi qu’une petite épicerie tenue par Mme Boyer, dont le mari était mon coiffeur à Colombes….. le monde est petit et comme on dit, il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas !!!!. Ici, c’était la campagne, des champs et des bois (j’ai encore des films Super 8 où l’on nous voit jouer dans les champs, des films que j’avais fait mettre sur cassettes VHS mais que malheureusement je n’ai pas pu faire mettre sur DVD) ; j’aurais aimé pouvoir les réorganiser parce que tout est en désordre...

Montigny a dû être aussi un grand chantier dans ces années ?

Aux 24 Arpents, c’était des arbres, et ici, du côté de la Rue Simone Eiffes, après la rue du Général de Gaulle, c’est devenu une zone pavillonnaire ; les chemins de terre sont devenus des allées qui portent des noms de musiciens !

Le mercredi, mes enfants restaient chez Mme Nicoud et son mari, qui les gardaient tous les trois jusqu’à ce qu’ils soient assez grands. Ils considéraient ma fille comme leur petite-fille et je leur ai laissée deux ans de plus. C'était très précieux (il n’y avait pas de crèche) car ils gardaient mes enfants même s’ils étaient malades.

On habitait au 1er étage de la maison de mes beaux-parents qui l’avaient transformée pour nous.  Mais mon beau-père qui était boulanger se levait très tôt, et mes enfants ne devaient pas faire de bruit lorsqu’il rentrait, pour le laisser dormir... J’en ai eu assez et, par chance, la maison ici a été mise en vente. Grace au Crédit Foncier (prêt sur 15 ans), l’apport d’un oncle de mon mari et d’un prêt consenti par mon employeur, Monsieur Paul Lelièvre, nous avons pu acquérir, en 1967, ce pavillon construit sous la loi Loucheur en 1936. Quand on a emménagé, les enfants voulaient toujours allé jouer dans la rue et je ne voulais pas. Ils me disaient alors qu’ils étaient en prison !!!!… Ils ont beaucoup joué ici !!

 

voir la suite :

http://lebdmnestpasinaccessible.over-blog.com/2014/10/josiane-ma-vie-professionnelle-un-bout-du-monde-2.html

 

Montigny, des transformations successives

Montigny, des transformations successives

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ARNAUD 24/09/2014 14:57

Bonjour,

Pour moi qui vient d'emménager à Montigny, Av Bommelle, je trouve ce récit très émouvant et très inétressant à la fois. Je suis curieux de cette histoire du lotissement.