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LE BOUT DU MONDE N'EST PAS INACCESSIBLE

Marcher jusqu'au Bout du Monde, juin-Juillet 2016, et au-delà... Préparation et suivi du projet, engagements, soutiens, programmes

Argenteuil Val d'Argent Nord et plaine d'Argenteuil

Je voulais emmener marcher un groupe d'une quinzaine de participants, pour beaucoup engagés à la Maison pour tous d'Argenteuil dans des programmes de réinsertion et des cours de Français Langue Etrangère (FLE), à la découverte des chemins ruraux qui courent sur la plaine (dite maraîchère) située derrière le Parc des Cerisiers à Argenteuil.

 

Entre la Rue des Cévennes et la Route de Cormeilles, je n'ai pas mis longtemps hier, alors que j'étais allée en repérage, à m'apercevoir que, comme je l'avais constaté dans la plaine de Pierrelaye (j'en reparlerai), la plaine n'a plus de maraîchère que le nom : chemins non identifiés et impraticables pour un groupe, taillis et ronciers et, le long de la Rue de la Corse, une centaine de famille de gitans avec caravanes, constructions diverses et, manifestement posés là dans l'urgence, quelques préfabriqués qu'on ose appeler des blocs sanitaires (NDLR pas une aire d'accueil ! tout juste un ruban d'asphalte et, de chaque côté, un habitat précaire).

Quelques parcelles sont encore entretenues, chacune clôturée d'un grillage dissuasif, mais on ne peut plus parler de plaine agricole. Le constat n'est d'ailleurs pas nouveau et même si des initiatives locales associatives et institutionnelles ont bien lieu ponctuellement, le problème reste posé.

 

Situation

Entre Seine et Buttes du Parisis s’étend un riche territoire qui, depuis l’Antiquité va être exploité par les Parisii. C’est l’autre versant de la Butte qui, au Nord, va vers saint Denis à l’Est et la Normandie à l’Ouest. Nous sommes ici du côté parisien de la colline et les cultures (vignes, céréales, légumes/maraîchage, moulins) vont servir à l’approvisionnement des marchés de Paris via la Seine en amont, et les cuisines de Versailles où, depuis le XVIIème siècle jusqu’à la Révolution française, les rois et leurs ministres sont à l’abri des violences parisiennes.

La Butte des Chataîgners, perchée à 125 m d’altitude sur les vestiges d’une très ancienne carrière de gypse (craie/plâtre), vite devenue dépôtoir après l’abandon de toute activité dans les années 1960, elle redevient un site de promenade après son aménagement par l’Agence des Espaces Verts d’Ile de France en 2011 : l’espace est remodelé et près de 40.000 arbres sont plantés.

Les fouilles

En 1867, un viticulteur argenteuillais découvre une sépulture mégalithique de type allée-couverte. Un ensemble architectural de 9 mètres de long est dégagé. De nombreux ossements et objets sont découverts, tels que poignards, pointes de flèches, haches polies, ainsi que des éléments de parure (perle de nacre) et de céramique.

En 1946, une autre allée couverte, dite Vivez, du nom de l’usine sur lequel le site est découvert, est mise au jour. Les fouilles menées avant la destruction du site laissent apparaître un édifice de 20 mètres de long et un matériel particulièrement riche constitué de grandes lames en silex du Grand-Pressigny, d’armatures de flèches et d’éléments de céramique et de parure dont un collier de dents de cheval.

Plus tard, à l’occasion des grands chantiers ouverts pour le démentèlement d’usines désaffectées et la contruction du Val d’Argent notamment, des foulles archéologiques ont lieu et mettent encore à jour des sépultures importantes. En se référant à d’autres structures de ce type, on peut estimer à plusieurs centaines (entre 100 et 300) le nombre d’individus inhumés dans chaque sépulture

 

Les recherches archéologiques ont également démontré qu’une ou plusieurs communautés d’agriculteurs-éleveurs ont vécu sur le territoire d’Argenteuil jusqu’à l’âge du fer. À partir du IIIe siècle av. J.-C., la population se densifie le long de l’axe historique Paul-Vaillant-Couturier, comme en attestent les dizaines de sarcophages gaulois ou gallo-romains retrouvés.

De l’époque mérovingienne jusqu’à l’apparition d’un véritable bourg médiéval au XIe – XIIe siècle, les sites d’occupation humaine ne cessent de se multiplier le long de l’actuelle rue Paul-Vaillant-Couturier. L’abbaye Notre-Dame constitue alors le centre du bourg puis de la ville qui ne cesse de croître. Les grandes crises que connaît le Royaume : famines, guerre de Cent ans , grande peste ne font que ralentir cet croissance pendant tout l’ancien régime.

Au cours de son histoire la structure de la ville évolue dans le cadre défini par les murailles construites sous le règne de François Ier. Achevés en 1549, les remparts figent la forme de la ville (centre-ville actuel) jusqu’à leur destruction au début du XIXe siècle.

 

Au XIXème siècle, l’arrivée du train va bouleverser l’équilibre du bourg agricole. De nouvelles populations, principalement parisiennes, attirées par les espaces et les loisirs qu’offre la campagne argenteuillaise et  ses guinguettes et ses bords de Seine, vont découvrir de nouveaux territoires.

 

G. Caillebotte, Le Pont d'Argenteuil, 1883 65.5 x 81.6 cm

Au milieu du XIXe siècle, le paysage argenteuillais se transforme.C’est le cadre où le mouvement impressionniste va en effet se réaliser pour une grande part grâce à la lumière très particulière de la Seine et des ciels d’Argenteuil que le peintre Claude Monet va mettre en valeur de 1871 à 1878, Mais également parce que la Seine et les chemins de fer vont permettre à la ville de devenir un carrefour d’échanges important,  la plaine s’industrialise, des manufactures s’installent et progressivement les cultures sont abandonnées .

 

Argenteuil devient la quatrième commune d'Île-de-France par sa population et la plus peuplée du département du Val-d'Oise (104 282 hab en 2011/sources Insee)

 

Urbanisation massive d'après-guerre

Des HLM à Argenteuil, 1974

« Après guerre, l'évolution urbaine de la ville est très importante et sa population ne cesse d'augmenter : elle est passée de 13 000 habitants en 1906 à près de 80 000 en 1961. Les besoins en logements sont criants et 5000 demandes de logements sociaux sont déposés en mairie en 1960. Durant les années 1950, le centre-ville, très éprouvé par les bombardements, est remodelé selon les conceptions de l'architecte-urbaniste Roland Dubrulle.

Il imagine une percée monumentale partant du fleuve et débouchant devant l'hôtel de ville : l'avenue Gabriel-Péri, oû trône la monumentale sculpture d'Edouard Pignon au front du centre culturel, est inaugurée en 1970..

Il préconise par ailleurs d'édifier « un nouveau quartier de part et d'autre de la voie ferrée jusqu'à la route interurbaine de Seine-et-Oise et l'hôpital ». Cet urbanisme brutal n'hésite pas à faire table rase du passé, l'esplanade Allende est ainsi édifiée à l'emplacement de caves médiévales détruites. Dès 1956, il est décidé de construire un grand ensemble à Argenteuil. Une ZUP est décidée en 1961 et est construite entre 1965 et 1976 constituant l'actuel quartier du Val d'Argent. Il ne subsiste plus à la fin du siècle que quelques vergers ou lieux de culture maraichère dans le nord de la ville, maigre souvenir de plusieurs siècles de tradition rurale »

 

La plaine d’Argenteuil :  patrimoine agricole

 

Espace naturel sensible, périmètre d’intervention foncière contrôlé par l’Agence des Espaces Verts d’Île-de-France (AEV), la plaine d’Argenteuil forme une transition naturelle et agricole entre les communes d’Argenteuil et de Cormeilles-en-Parisis. La plaine d’Argenteuil (90 hectares) est occupée sur sa partie ouest de parcelles de cultures céréalières et maraîchères formant la plaine d’Ardival. Sur sa partie est, des vergers à l’abandon, des prairies, quelques jatrdins ouvriers et des friches envahies de lianes et un parc public clôturé forment la plaine du Cerisier.

 

« Pour le monde urbain la présence d’une activité agricole en son sein est la garantie d’un espace vert qui brise l’étalement de la ville et qui assure une qualité de vie confortable à ses habitants. Nombreux sont ceux qui ne connaissent rien au maraîchage mais qui apprécient de voir des champs de salades à la porte de leur maison, quand se détache, au loin, le paysage de la Défense et de la Tour Eiffel. Cette utilité ne doit pas être négligée, elle n’est pas folklorique, elle est la clef de la survie de la plaine. Aucune commune ne peut avoir les moyens d’entretenir un espace vert de plus de 400 hectares, cela est beaucoup trop couteux pour elle. La présence agricole est pour la municipalité l’assurance de l’entretien de la plaine, de sa propreté, et la garantie de la pérennité de l’espace naturel. Cela est valable sur les bords de Seine, en aval de Paris, mais c’est aussi valable dans bien d’autres communes de France. Quel village de montagne peut débourser l’argent nécessaire à l’entretien des prairies ou des coteaux ?

 

 

Les agriculteurs n’ont pas uniquement pour fonction de produire des denrées alimentaires, ils participent pleinement aussi à l’aménagement du territoire et à la préservation des paysages naturels. C’est donc un gain économique pour la société qui n’est pas quantifiable, mais qui est néanmoins très important. Dire cela, c’est valoriser davantage encore le rôle des agriculteurs. Le maintien de cette activité est également utile pour le monde agricole dans son ensemble. On ne peut espérer emporter l’adhésion quand on vit coupé et éloigné de ceux que l’on sert. Les problèmes des éleveurs porcins, des producteurs de lait ou des pêcheurs peuvent bien émouvoir la population, si celle-ci vit sans contact avec des paysans elle ne pourra jamais les comprendre.

En revanche, le fait de voir le métier de maraîcher évoluer, de pouvoir observer l’alternance des saisons dans la plaine : récolter les oignons en février, les poireaux en avril, les salades en mai, tout cela participe de la compréhension du monde rural. De même, certains maraîchers ont développé des activités de vente directe : des cabanes en bois dressée dans la plaine où ils vendent une partie de la récolte. Le succès de ces méthodes de vente est incontestable, d’une part en raison de la qualité des produits vendus, mais aussi en raison du prix pratiqué. Il est ainsi aisé de faire la comparaison des prix d’une salade vendue en direct, et d’une salade vendue chez le primeur ou au supermarché. Les notions de marge arrière et d’intermédiaires parlent alors davantage au consommateur. Le maraîchage en zone urbaine est une activité mineure par rapport au reste de la production agricole, mais il est une vitrine du monde agricole dont celui-ci aurait tort de se passer. »

 

J-B Noé, Article publié dans la revue Paysans n° 321, mai juin 2010.

 


 

http://amap.argenteuil.free.fr

http://www.argenteuil.fr/

www.aev-iledefrance.fr/

 

 

 

 

Plaine d'Argenteuil... ce n'est plus une plaine maraîchaire

Volontés contrariées...

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